Reportage pour IGS : Entrecasteaux - Benoît Thiault

Reportage pour "Itinéraire Grand Sud" : Entrecasteaux


Itinéraire Grand Sud : Actualité culturelle et touristique sur le sud de la France



Itinéraire Grand Sud, c'est un joli visage dans le paysage médiatique des médias libres oeuvrant à la promotion d'un Grand Sud sans frontières administratives ni carcan de destination. 

La mise en page, les présentations et les façons d'aborder les sujets reflètent les diverses approches des rédacteurs : photographies et style journalistique se mélangent et permettent une discussion sans fard ni fioritures. En feuilletant le webzine sur une tablette, on en délaisserait facilement les grands titres de la presse photo. 


Lorsque Philippe Oddoart et Alain Lafon, profitant d'une rencontre fortuite, me proposèrent de réitérer l'expérience d'une publication dans le magazine après le portfolio de Peillon, j'ai accueilli la nouvelle avec joie, et, les jours passant, je réfléchissais à un village à découvrir. 

Il fallait qu'il reflète la Provence et ne pas être un village qui sombre dans le cliché carte postale. Ma réflexion se porta autour d'un lieu à l'image de la Provence que j'aime : une architecture qui transpire la vie d'un village marqué par une présence ou une particularité dont il aurait pu tirer sa réputation. 

Amoureux de la Provence Verte, je décidais de choisir Entrecasteaux, que je n'avais jusqu'alors que traversé. Ce que j'en avais aperçu, l'étude topographique et les repérages sur internet me confortèrent dans mon choix. Il y allait en avoir pour tous les goûts en matière photo ! 




L'approche humaine



Difficile à mes yeux de photographier des lieux sans en avoir eu l'évocation par les habitants du cru, ceux qui vivent ici toute l'année, été comme hiver. Cet hiver 2018 a d'abord été humide et c'est par nuit noire que je descendais de voiture sur ce qui semblait être le boulodrome du village. La brume ambiante conférait aux lieux une étrangeté légitime à peine troublée par les rares bruits de voitures environnants.  

Le seul commerce ouvert et dans mon champ visuel était un bar. L'odeur de pain chaud et de viennoiseries à peine sorties du four m'auraient attiré plus nettement si j'avais pu les sentir. Hélas, à la vue des baguettes sur le comptoir du bar, je devinais que boulanger et boulangère devaient être en vacances... Accoudé, un homme en  treillis dont la peau trahissait la jeunesse, sirotait son café. Quelques amabilités plus tard, je repartais avec quelques pistes à photographier.

Un café plus tard en terrasse, je prenais le temps de regarder les lieux plus attentivement : la journée allait être particulièrement intéressante... 


A la découverte du château d'Entrecasteaux...


La rue principale, traversante, offre la possibilité d’être saisi, de façon exceptionnelle, par le château d’Entrecasteaux. A son sujet, doivent être évoqués  les 4 principaux propriétaires, dont François de Grignan, gendre de Madame de Sévigné. L'Amiral Bruny d'Entrecasteaux, est lui, né au château en 1737 puis fut envoyé par Louis XVI à la recherche de la Pérouse dans le Pacifique sud. Enfin, Jean Baptiste, fut propriétaire et marquis d'Entrecasteaux à la fin du XVIIIème siècle. En 1974, après plusieurs décennies d'abandon, le château fut restauré par le peintre britannique Hugh Ian Macgarvie-Munn qui le transforma en partie en musée. C'est grâce à ses efforts, ainsi qu'à ceux de son fils et son épouse, qu'en 1988, le château fut classé Monument Historique et qu'il est devenu une attraction touristique.


Pedibus jambus... 

Fondamentalement, l'agencement des ruelles d'Entrecasteaux ne se distingue pas d'autres villages ni ne révolutionne la façon de bâtir ou d'organiser les différents lieux communautaires d'un village provençal. Le château fut nécessairement le point central autour duquel s'organisa la vie villageoise : pratiquement collé à la Bresque, il concentre la vision. L'habitat se disperse de part et d'autre. Les ruelles sont maçonnées selon les époques : il est presque aisé de distinguer à l'oeil nu les époques de construction, et sans forcément approfondir les observations. L'évolution du temps fait partie de ce temps qui passe.        

La brume de circonstances rajoutait un charme délicieux à certains clichés, offrant des contrastes blafards très séduisants. 

L'inspiration du jour




Lou Badarèu



"Lieu où l'on regarde", ainsi peut-on lire au dessous du fronton. 

Plus précisément, badarèu en provençal désigne le balcon. 

Cette image m'a plu, et bien qu'il eut fallu que je cherche la traduction exacte, je choisissais néanmoins de déclencher et d'associer l'image à la découverte du village. Elle fut l'une des premières de la série. Pensée en noir et blanc, elle fige une atmosphère d'abandon où le lierre et la rouille sur la ferraille injectent une contemplation du passé. Les écritures, nombreuses sur la porte, ont appelé mon regard. 

Galoi et fruchau per 2018 peut se traduire par Bonheur et Prospérité dans un sens moderne, mais peut s'entendre aussi comme Joie et richesses (au sens immatériel du terme). La Mairie d'Entrecasteaux est indiquée pour la première fois à mes yeux. Auparavant, je n'avais pas encore vu de panneaux directionnels. Je me tournais alors et découvrais le lieu dans lequel le siège administratif de la cité avait pris place... 







La Mairie d'Entrecasteaux



L'Hôtel de Ville d'Entrecasteaux est situé dans une ancienne chapelle. Au fronton, se remarque immédiatement les rappels de la République. Les armoiries de la commune sont rappellent une tête au dessus d'un corps levant les bras. Parfois, le regard, à force de flairer la courbe ou la géométrie idéale, dérape... Il fallait un café, il n'était que 8h30...   

L'association de l'exercice du pouvoir municipal dans un lieu de culte étant relativement rare (je ne connais qu'un seul autre exemple dans l'Orne), je m'attardais sur ce monument et composait avec les courbes des pavés. Rien n'indiquait de quel édifice il s'agissait. Au moment de m'en approcher, je fus appelé par mon compère pour découvrir l’entrelacs de ruelles.

Voici donc ce que nous en dit le site internet de la mairie d'Entrecasteaux : 

[...] l'ancienne chapelle des Pénitents Blancs du XVIIe siècle qui abrite aujourd'hui la Mairie entièrement réhabilitée[...].



    





Reflets



Dans la longue allée qui jouait avec les perspectives le long de la Bresque, les flaques reflétaient un ciel qui tendaient à blanchir, tandis que le bitume sur lequel l'humidité ambiante transpirait, tendaient vers des tons sombres.

Pour autant, l'idée, si sympathique soit-elle, de photographier via le prisme d'un reflet, se révélaient banale et peu satisfaisante. L'alternance de plans sombres et de zones claires ne me satisfaisaient pas.

Les lieux, plus nuancés, méritaient un cadrage un peu plus artistique, évocateur d'une touche provençale qui justifierait une éventuelle insertion dans le portolio final.         

L'approche classique d'un monument, de surcroît religieux, ne conférera pas d'originalité à la prise. L'ajout d'une branche qu'on devinera être celle d'un olivier apporte une douceur, du moins dans le sens du symbole. L'église, qui occupe 6.3%  de l'image, apporte sa touche minimaliste à l'ensemble. 



De la Lumière


Le parcours dans les ruelles du village fut plutôt frais et l'arrivée sur les hauteurs fut accompagné d'une brève percée solaire. La lumière, très intéressante, car elle ne conférait presque aucune ombre, semblait caresser les murs en pierres. Il émanait de cette scène, une ambivalence entre l'élément extrait de la roche et le bain de lumière. 

La photographie nous ramène à ce qu'il y a de sensible en nous : notre rapport à la lumière. Cette dernière conditionne nos journées, influence nos humeurs et dicte la saisonnalité de notre moral. Faire de la photographie rend heureux, et parfois, il suffit d'un simple trait ensoleillé pour marquer la durabilité de notre vision optimiste. 

         

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